Les vacances du psychanalyste

« Vous m’avez manqué », me dit ce matin la première patiente qui se présente après mes trois semaines de congés, avec un sourire gêné et en baissant les yeux…

C’est une question qui se pose régulièrement au praticien : Comment dois-je annoncer le temps de mes congés ? Selon quelle temporalité ? Quels sont les patients les plus fragiles à cette interruption momentanée de la cure ?

Il faut savoir observer les réactions de chacun  et savoir expliquer, différemment selon leurs difficultés, ce qui va se jouer pendant cette période et quels bénéfices il est possible d’en tirer.

Peut-être faut-il partir du principe thérapeutique selon lequel tout se qui se passe sur le divan est le plus souvent la répétition du même scénario inspiré de l’enfance et  beaucoup de patients refusent de s’engager dans une aventure différente (résistance à l’analyse). Le rôle de l’analyste est précisément  d’amener progressivement le patient à comprendre qu’il se trompe d’objet et que le sentiment qu’il déploie dans l’espace analytique n’est qu’une illusion dont il doit se débarrasser (retour à la réalité.)

Ainsi la pause estivale peut-elle agir comme épreuve de cette réalité, au risque de réveiller chez le patient des expressions anciennes de perte, d’abandon ou de séparation. Il arrive même que le patient considère cette période comme une forme de désintérêt de l’analyste, il peut même éprouver une forme de rancœur inconsciente qui pourrait l’amener à ne pas reprendre sa cure (transfert négatif)…

Il faut donc expliquer que les vacances, loin d’être un obstacle à l’analyse, constituent le matériau même du travail analytique, laissant l’espace libre dans lequel l’angoisse va pouvoir se dire et s’élaborer autrement, dans la réalité, et différemment que dans le cadre de la séance.

Il y a là une portée clinique fondamentale dans l’épreuve de l’analyse dont le but est de passer du sentiment de vide (du rêve ou du fantasme) à l’intégration et à l’autonomisation du patient (qui peut permettre d’envisager la fin de l’analyse).

C’est une manière brève mais efficace de consolider l’aptitude à la solitude (capacity to be alone selon Donald Winnicott).
Les vacances du psychanalyste permettent donc à chacun d’analyser ce qui se joue dans l’intervalle pour envisager soit la fin d’une cure, soit l’élaboration d’une nouvelle tranche d’analyse qui pourra d’ailleurs changer le terrain, et améliorer l’acquis.