Le sujet est d’actualité depuis le début de l’année 2025, date à laquelle la Haute Autorité de Santé a adopté son programme « santé mentale et psychiatrie pour la période 2025-2030 », et déclaré cette prise en charge « grande cause nationale 2025 ».
L’intérêt de ce sujet ne cesse de croître jusque dans les nombreuses émissions de télévision où il est question de « briser les tabous » et d’inciter les intéressés à consulter dès qu’ils ressentent un mal-être psychique quel qu’en soit l’origine, professionnel ou personnel.
Mais qui consulter ?
Pour se faire une idée de l’impact de la psychanalyse dans notre société, et dans cette grande ambition de prise en charge de la santé mentale, il fallait regarder le 3 juin dernier, l’une de ces émissions diffusée sur France 2 en prime time.
Il n’y a été question que de psychiatrie et des médications toujours plus puissantes données aux patients, sans aborder un seul instant les graves effets secondaires qu’elles peuvent entraîner.
On a longuement débattu des questions de nutrition et d’hygiène sportive qui certes sont importantes mais demeurent toutefois en périphérie des soins.
Bien entendu les thérapies comportementales et cognitives ont été également à l’honneur, mais à aucun moment les thérapies analytiques n’ont été abordées.
Aucun psychanalyste n’était invité sur le plateau et le mot même de psychanalyse n’a pas été une seule fois prononcé…
Un court billet d’humeur de ma part produit sur mon profil linkedIn m’a valu certes des réactions encourageantes venues de mon réseau, mais aussi des critiques acerbes de la part d’esprits chagrins, prétendant que la psychanalyse était morte depuis longtemps, et qu’en tout état de cause, elle n’avait jamais apporté de preuve scientifique à sa prétendue efficacité…

On ne peut que s’étonner, alors que la psychiatrie contemporaine est en crise depuis de nombreuses années, et que les choses ne semblent pas aller en s’arrangeant, du recours constant à un discours scientifique qui a montré ses limites et qui bute sur ce que LACAN appelle « l’irréductible du symptôme ».
Je sais qu’il n’y a pas plus vain que le débat sur l’efficacité de la psychanalyse, mais force est de constater que les médecins généralistes, dont on ne peut nier qu’ils sont de vrais scientifiques, n’hésitent pas à conseiller à leurs patients une thérapie analytique lorsque les symptômes ressentis laissent entendre un mal être psychique et dénoncent « autre chose » qui se reporte sur le corps.
C’est sans doute que la psychanalyse reste toujours une expérience personnelle qui ne peut être estimée à l’aune d’évaluations scientifiques et statistiques et que sa seule force est de s’employer à explorer en profondeur des dynamiques inconscientes grâce au transfert analytique et à l’alliance thérapeutique, en plaçant le patient au centre de sa propre thérapie, comme acteur dans la motivation qui est la sienne.
La psychiatrie devrait pourtant se souvenir qu’elle a elle-même évolué considérablement tout au long du XXème siècle grâce aux découvertes freudiennes (fonctionnement de l’inconscient, mécanisme du refoulement, place de la libido) et que ces apports ont permis une meilleure compréhension des structures du psychisme.



