Ambivalence du Feu

On a beaucoup disserté sur la catastrophe écologique, économique et matérielle que représentent les incendies dévastateurs qui ont ravagé notre pays ces dernières semaines, en Gironde et ailleurs.

On a moins évoqué les conséquences de cette même catastrophe sur le psychisme de chacun d’entre nous, que l’on soit victime principale touchée dans sa chair et dans ses biens, ou spectateur malheureux et impuissant.

C’est que la violence des éléments et particulièrement du feu, nous renvoie à nos peurs archaïques.
Deux ouvrages célèbres peuvent ici être évoqués qui nous rappellent à quel point la maîtrise du feu est liée au contrôle des pulsions : Gaston BACHELARD et sa « psychanalyse du feu », ainsi que de manière plus historique mais non moins célèbre « Malaise dans la civilisation » de FREUD.

Ces auteurs nous rappellent que le feu est ambivalent car il représente à la fois le principe de plaisir (il éclaire, il réchauffe) mais il est également pulsion de mort.

Ils constatent que notre civilisation s’est construite sur le fantasme d’une maîtrise  de la vie humaine au point d’oublier notre vulnérabilité et notre détresse archaïque.

Ces incendies laisseront dans nos esprits non seulement un trauma visuel (perte des repères dans la nature), mais surtout un trauma psychique (sidération, béance) dont il faudra progressivement tenter d’expliquer ce qu’il provoque en nous.

Comment ré-insuffler de la vie là où le feu a fait le vide ?

Accueillir la sidération et la dépersonnalisation, traverser le deuil des objets investis, reconstruire le sentiment de continuité d’existence, voici en quelques mots le travail important à accomplir auprès des victimes civiles, des pompiers, des militaires ainsi que des personnels soignants qui ont tous été atteints de plein fouet.

On sait notamment qu’au sein  de ces professions qui sont des métiers de vocation, c’est l’idéal du moi qui peut-être atteint (en ai-je assez fait… ?) et le travail analytique doit permettre de lier l’atrocité des images sans nom au langage structurant.