Il faut cultiver nos rêves…

Pangloss, sous la plume de Voltaire, conseillait à Candide de « cultiver son jardin » et  les psychanalystes pourraient aujourd’hui reprendre la formule à leur compte pour conseiller à leurs analysants de cultiver leurs rêves…

La théorie freudienne des rêves est en effet l’un des fondements de la métapsychologie, à part égale avec l’élaboration du complexe d’œdipe, ce qui semble parfois oublié par les psychanalystes contemporains. 

Si le discours du patient tourne toujours beaucoup autour des vécus de l’enfance et des traces marquantes de l’œdipe,  l’analyse des rêves demeure souvent accessoire et rares sont les analysants qui pensent à noter leurs rêves et à en faire état au cours des séances.

C’est à tort sans doute, mais il ne faut pas trop s’en étonner tant il est vrai que dans une société toujours marquée par le rationnel, le rêve apparaît souvent comme le travail insignifiant de notre imagination, sans influence majeure sur nos vies.

FREUD lui-même a eu bien des difficultés, en tant que scientifique, à une époque où le positivisme triomphant était le seul mode respectable d’accès à la culture et à la connaissance, à éditer son premier ouvrage « la science des rêves », qui n’a d’ailleurs connu que peu de succès.

C’est grâce à une étude postérieure, synthétique et expurgée « sur le rêve » et à une dizaine de conférences dans les leçons d’introductions à la psychanalyse,  que FREUD a réussi à convaincre ses pairs de l’importance que le rêve peut avoir sur le psychisme humain et mettre au grand jour les ressources que l’on peut en tirer pour l’exploration de l’inconscient et la réduction, voire la guérison de certaines névroses.

Et pour s’assurer encore, si besoin était, du sérieux de cette recherche, on peut noter que les chercheurs en neurosciences, telle Perrine RUBY à LYON, s’intéressent encore aujourd’hui à la question du rêve et marchent dans les pas de FREUD sans rien désavouer des résultats qu’il a obtenu, bien au contraire.

Le postulat de départ de la recherche freudienne est de dire que si l’acte manqué franchit si spontanément la censure que lui oppose la conscience lors de l’éveil, le rêve doit opérer de la même façon lors du sommeil, lorsque la conscience se relâche, entraînant le même type de signification que l’on accorde aux actes manqués.

Ainsi, le travail du rêve doit devenir le domaine de l’analyse au même titre que l’acte manqué : le contenu latent serait « la véritable traduction de la pensée intégrale et véridique de la parole du rêveur » alors que le contenu manifeste ne serait que « lacunaire et mensonger » selon les expressions relevées chez LAPLANCHE et PONTALIS dans le vocabulaire de la psychanalyse.

Le rêve serait l’accomplissement d’un souhait refoulé, souvent de nature érotique, parfois en lien avec l’enfance du rêveur ; mais le rêve peut aussi être le reflet d’une répétition d’expériences traumatiques.

Ainsi, le rêve aurait une double fonction : fonction de liaison du psychisme et d’accomplissement du souhait par le rêve. C’est d’ailleurs l’intégration de ces deux fonctions qui permet à LACAN de parler du désir et essentiellement du désir de l’autre.

Si la pratique psychanalytique a aujourd’hui parfaitement intégré ces mécanismes, avec ses effets de condensation et de déplacement, il faut alors inciter les analysants à élaborer autour des images retenues du rêve.

Il faut toutefois demeurer très réservé à propos d’une certaine littérature relative à la symbolique des rêves, très en vogue dans le grand public, qui donne au  lecteur profane  quelques recettes toutes faites pour interpréter  ses propres rêves ou ceux de son entourage.

La symbolique du rêve reste très hétérogène et provient  la plupart du temps du contexte culturel dont émane le rêveur, de son mode d’expression orale, des lectures de mythes ou de légendes qui ont pu bercer son enfance, et il y aurait donc un grand risque d’abuser des clichés d’interprétation qui voudraient que chaque symbole soit unitaire dans sa fonction et dans sa signification.

Le rêve doit être conçu comme une langue étrangère dont la syntaxe et le vocabulaire changerait au gré du rêveur, et dont le décryptage doit se faire rêve après rêve, en fonction du vécu du patient et de l’évolution de son analyse.

Cette situation toujours ambigüe  accrédite encore davantage la formule freudienne selon laquelle le rêve est « la voie royale d’accès à l’inconscient », et il faut donc encourager les analysants à explorer leurs rêves, écouter ce qu’ils ont à en dire et encourager l’élaboration sur le divan et en séance, selon le principe même de libre association.


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